Être écrivain

« Pourquoi tu ne l’envoies pas à une maison d’édition ? »

arton6962

Cette question, « Pourquoi tu ne l’envoies pas à une maison d’édition ? », je serais riche si on m’avait donné un euro à chaque fois qu’on me l’a posée ! Quand j’annonce que j’écris des romans, ça ne loupe pas. Chaque fois, je dois expliquer que non seulement je ne l’ai pas envoyé à un éditeur, mais en plus, je n’en ai pas envie. Autant dire que ce point de vue provoque la surprise et l’incompréhension, ce que je peux aisément concevoir.

Alors, voilà, pourquoi ?

  • La peur (ou la flemme) de recevoir des refus

Je sais bien que si on ne tente rien, on n’a rien. Mais soyons lucides, le monde de l’édition est impitoyable. Les maisons d’édition reçoivent des tonnes de propositions tous les jours, et quand bien même nous avons écrit un roman que nous qualifions de « bon », il y a peu de chances qu’il tire davantage son épingle du jeu que tous les autres bons romans qu’ils doivent recevoir. Et même s’ils lisent votre roman, qu’ils le trouvent intéressant, rien n’assure qu’ils vous proposeront un contrat tant les places sont limitées et les choix draconiens. Alors oui, j’ai choisi de m’épargner l’attente insupportable, la lettre de refus poliment tournée et impersonnelle au possible, les déceptions en boucle, l’impression que mon livre ne plaît à personne. Peut-être qu’un jour, je me laisserais tenter… Mais ce n’est pas encore d’actualité.

  • La peur du plagiat

Cela manque peut-être de modestie, mais c’est un fait : j’ai peur du plagiat. Maintenant, je me sens un peu plus rassurée dans le sens où j’ai publié mon livre, sous mon nom, avec un copyright, et qu’en cas de plagiat, j’aurais toutes les preuves possibles pour me défendre. Mais un jour, sous un article traitant justement du copyright, j’ai lu un commentaire qui m’a fait froid dans le dos. La pire crainte de l’auteur : une dame avait envoyé son roman à une maison d’édition, qui l’avait remerciée par une lettre de refus ordinaire. Rien de bien exceptionnel ! Sauf qu’un an plus tard, l’un des écrivains phares de cette maison d’édition sortait son nouveau livre, et elle a été effarée de constater qu’ils s’étaient très largement inspirés de son histoire et ses personnages. Alors, je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est exagéré, mais je m’en souviendrai toujours, de ce commentaire. Il a été l’un des leviers de mon envie d’indépendance et d’auto-édition. Les manuscrits que l’on envoie passent dans les mains de comités de lecture qui, pour la plupart, sont constitués d’écrivains. Comment avoir complètement confiance ? Je suis peut-être la championne de la paranoïa, mais voilà, j’y peux rien, maintenant ça me bloque !

  • L’indépendance

En m’auto-éditant, j’ai choisi ma date de sortie, les personnes à qui je décidais de faire découvrir gratuitement mon roman, la couverture, le style d’écriture, l’épilogue… J’avoue redouter les exigences d’un éditeur. Et s’il m’imposait une horrible couverture qui ne correspond pas du tout à mon roman ? S’il voulait que je change mon histoire ? Et s’il se fichait dans les grandes largeurs de moi ? J’ai tout choisi, sur les conseils de quelques lecteurs et amis, et cette liberté m’a vraiment fait du bien. On n’est jamais mieux servis que par soi-même, même s’il est plus compliqué de se débrouiller que de compter sur autrui !

  • La proximité avec les lecteurs

J’ai peut-être moins de lecteurs que si je laissais une maison d’édition prendre les commandes pour moi. Après tout, je suis écrivain, et dans ma vie privée, je suis agent en gare. Je n’ai aucune connaissance dans la pub, le marketing, la promotion… Je suis une vraie quiche et les ventes de mon livre le prouvent ! Et pourtant, j’adore recevoir les avis de mes lecteurs, leur proposer des concours, offrir mon ebook sur un coup de tête à une personne que j’apprécie, discuter avec écrivains et lecteurs ! C’est comme une grande famille qu’on n’a pas envie de quitter ! Je ne veux pas perdre cette marge de manœuvre qui me permet de rester proche de tout le monde tout en me laissant maître de tout !

  • Les éditeurs peu scrupuleux

Qu’on se le dise bien, je me suis renseignée. Comme tout le monde, j’ai hésité avant de faire mon choix. Mais ce choix, je l’ai fait pour une raison toute simple. Mon livre, je l’aime très fort, et je préfère que son destin soit entre mes mains qu’entre celle d’un éditeur qui se fichera bien de tout mon travail et de mon rêve ! Les éditeurs qui proposent des contrats alambiqués et désavantageux au possible, je pense qu’il y en a beaucoup. Ils ne sont pas tous comme cela, c’est évident. Mais on risque plus de tomber sur ceux-là, que sur l’éditeur réputé qui prendra tout à sa charge en tenant compte de notre avis, nous propulsera vers le haut et nous rendra riche ! J’ai découvert sur le net trop d’histoires d’écrivains arnaqués par des maisons d’éditions. Rien pour me rassurer, donc ! Je ne suis ni Marc Lévy, ni Guillaume Musso, par quel miracle serais-je mieux traitée que la plupart des écrivains tournés en bourrique ? Je ne suis pas encore prête à prendre ce risque, même mesuré, même incertain.

Comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je me déciderais peut-être un jour à envoyer mon roman à des maisons d’édition. Mais qu’on se le dise, ça ne sera pas l’esprit tranquille et le cœur plein d’espoir ! J’ai toujours été assez pessimiste, et dans un milieu aussi difficile que celui de l’édition, c’est un trait de mon caractère qui ne risque, hélas, pas de changer !

Et vous, auteurs auto-édités, pour quelles raisons avez-vous fait ce choix ? 🙂

©Manon Grelha

Crédit image : Lelabodeledition

 

11 réflexions au sujet de « « Pourquoi tu ne l’envoies pas à une maison d’édition ? » »

  1. Tres interessant ton article Manon. D’ailleurs etrange coincidence j’allais en faire un sur les écrivains. Je te rejoins sur certains point et moins sur d’autres mais globalement ton opinio reflète 99%de ce que me disent les auteurs.

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      1. Les problèmes de plagiat par exemple, mais ne t’inquiète pas je developperai tout dans l’article (je le publierai certainement lundi pour pas lasser les gens avec mes coups de gueule :-))

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      2. non je parlais de mon dernier article sur les ebooks entre autres. J’essaierai d’être plus gentille envers les auteurs mais je garantie rien 🙂 😉

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  2. Je comprends très bien ta peur du plagiat ! Des fois j’y pense vaguement ! Je pense que le commentaire que tu as lu est tout à fait plausible… enfin m’a l’air, enfin j’en sais rien, je suis de tendance parano aussi donc pas la meilleure personne pour te répondre là-dessus ! x)

    Je crois que… je préférerais un éditeur, comme si une auto-édition ne prouvait pas que c’était un bon roman (je sais, c’est parfaitement con, mais c’est comme ça)… un peu type « être reconnue par les autres pour se rassurer ». C’est moche, je sais… et paradoxalement je n’ai pas envoyé mon roman à des maisons (en même temps elles avaient toutes fermé leurs envois quand je l’ai fini, j’ai pris ça pour un signe et j’ai abandonné, puis je pense qu’au fond je savais que ce n’était pas assez bon) mais je l’ai mis sur mon blog… on verra ce que je fais avec le prochain, peut-être l’envoyer à de petites maisons 🙂

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    1. Je suis parano aussi alors on ne pourra pas trop se raisonner l’une et l’autre ! lol
      Toi-même tu sais que cette idée est fausse et pré-concue pour la maison d’édition mais c’est parfois dur de se dépêtrer des « préjugés ». Cela va faire deux mois que je lis des romans auto-édités et franchement chapeau bas ! c’est de la qualité et souvent pour pas cher si on opte pour l’ebook. Je vais presque avoir du mal à revenir à mes lectures « traditionnelles » d’avant tellement il y a de pépites méconnues à découvrir dans l’auto-édition ! Tu sais, un éditeur n’est pas gage de qualité, ils veulent des bons livres certes mais ils sont là avant tout pour faire du chiffre. Nabilla a trouvé un éditeur… Voilà ça se passe déjà de commentaires, pas besoin d’en dire plus ! lol

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      1. Je ne sais pas si ça vient d’un préjugé, enfin en partie, mais je crois qu’il y a aussi quelque part ce besoin de reconnaissance extérieure (si c’est un pro alors il sait ce qu’il dit (alors que y’a des livres refusés très bien et des livres acceptés pourris, on est d’accord xD) et en fait j’ai fait un peu pareil avec la radio : quand on m’a proposé de faire l’émission dans une webradio j’avais des réticences, moi je voulais une vraie radio, parce qu’une webradio c’est pas une vraie radio, c’est pas aussi « sérieux »… c’est pas qu’une affaire de préjugés dans mon cas ! ^^’).
        Je sais bien… j’ai lu le livre d’une psychologue/psychiatre qui disait qu’une de ses patientes à raisonnement global avait envoyé un livre à une maison. L’éditeur lui avait répondu que c’était super, mais que le marché n’était pas prêt (et ne le serait sans doute jamais) pour le lire. Chiffre, chiffre, chiffre. C’est aussi pour ça que l’on se retrouve après Twilight avec plein de livres de vampires et, après Hunger Games, avec Divergentes et La 5ème Vague.

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  3. Je te rejoins sur de nombreux points, sauf le plagiat ! Un auteur peut te pomper une idée, si tu as le talent, il ne l’écrira jamais aussi bien que toi. C’est le sens des mots « imité, jamais égalé ». Et puis, c’est facile de mettre un copyright sur un texte avant de l’envoyer à un éditeur…
    Par contre, j’ajouterais le coût de l’envoi !
    5 euros par texte, minimum…
    Mon premier m’a coûté 400 euros ! Je l’aurais auto-édité, cela m’aurait coûté moins cher…

    Aimé par 1 personne

    1. Le copyright n’y change rien, si quelqu’un veut s’inspirer, même largement, il le fera, et malheureusement la justice s’en fout un peu parce qu’il y a toujours l’excuse du hasard. Je ne sais pas si commentaire que j’ai lu était réel mais vraiment ça m’a marquée !

      Oui, l’envoi est plutôt cher. Mais je ne l’ai pas mis car personnellement, auto-éditer mon roman m’a également coûté cher alors c’est plutôt kiff-kiff et ce n’est pas une grosse différence à mon sens 🙂 Mais c’est vrai qu’envoyer un gros manuscrit par la Poste… ouille ouille ouille le porte-monnaie !

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