Mes lectures

« La douleur du silence » de Marie-Béatrice Ledent : une triste leçon de vie, à mettre entre toutes les mains !

51kc5e3t5fl(Bonne nouvelle : je n’ai plus aucune réticence à lire d’ebook ! je suis vacinée ! Oui, oui !)

Aujourd’hui, j’ai terminé le livre « La douleur du silence » de Marie-Béatrice Ledent. Encore une fois, je n’ai pas su calmer mes ardeurs et je n’ai même pas mis vingt-quatre heures à le terminer.

A 13 ans, Martine Croin n’est qu’une jeune fille comme les autres. Contrainte de quitter sa ville et son passé pour le bien de la famille, elle s’apprête à découvrir sa nouvelle école. Devant le changement, elle se sent désarmée et s’enferme dans le silence. Mais ses nouveaux camarades de classe la considèrent comme une proie facile. Pour exorciser sa souffrance, Martine va se trouver un dangereux échappatoire…

J’ai beaucoup aimé ce livre, mais par dessus-tout, au delà des goûts de chacun, je dirais que ce livre est intéressant et à mettre entre toutes les mains. Les mains gentilles, les mains méchantes, les mains indifférentes, TOUTES !

Le thème du harcèlement scolaire m’a tout de suite parlée. J’avais hâte de découvrir la manière dont le sujet serait traité par l’auteur. C’est un sujet tellement banal et tellement vaste à la fois… Banal, malheureusement parce que les jeunes semblent de plus en plus motivés à se foutre des sentiments des autres pour leur seul amusement. Et vaste… Parce que ce sont des milliers de personnes qui en sont victimes, et autant d’histoires différentes et intéressantes.

C’est l’histoire de Martine en particulier que nous suivons ici. Sa vie, de base, n’a rien de facile. Le deuil, une mère maladivement triste, un père déconnecté de la souffrance de sa famille… Dès lors que le harcèlement commence, j’ai été effarée par l’incompréhension dont les adultes faisaient preuve, même dans leurs tentatives de bienveillance. Comme si les adultes et les jeunes étaient de deux mondes différents… Ce qui est, sans doute, un peu le cas !

L’écriture est fluide, riche, réfléchie. On a l’impression que chaque mot est à sa place, que tout est en ordre. Ironique quand on voit la teneur de l’histoire… dans laquelle, clairement, les mauvaises personnes ne sont pas à leur place, c’est-à-dire punies dans un coin pour les faire réfléchir à leur connerie (pardon, fallait que je le dise !)

On se heurte de plein fouet à un sujet sensible, voire tabou, mais d’actualité. On se dit que ça n’arrive qu’aux autres… Et pourtant, ce genre de bas comportements est monnaie courante : il y aura toujours un tyran pour se trouver une tête de turc, et il y aura toujours des lâches pour feindre de ne rien voir. L’auteur l’a très bien compris avec une morale teintée de contradictions : l’espoir et la lucidité. Parler fait avancer les choses, sensibilise les mentalités… Sans jamais, réellement, faire disparaître cette méchanceté et cette violence dont les harceleurs ne peuvent se passer malgré les leçons de morale. C’est ce que nous apprend cette histoire bouleversante. Le harcèlement est tellement arbitraire, tellement dépendant de la face imprévisible et perturbée de l’humain, qu’il est difficile de le cerner et de l’éradiquer.

Ce roman m’a replongée à l’époque regrettable où je ne trouvais pas ma place à l’école. Il a fait remonter en moi le souvenir d’une époque où nous n’étions pour nos professeurs que des chiffres, des notes, des appréciations… Si bien qu’ils en oubliaient l’humain derrière, et ne voyaient pas certaines aberrations juste sous leurs yeux.

Les parents de la jeune fille ne valent pas mieux. Je suis un peu dure, ils n’ont pas mauvais fond et ils aiment leur fille, cela se voit. Mais on assiste clairement à une catastrophe, qui sera irrécupérable par la suite malgré toute leur bonne volonté ; des parents qui, croyant bien faire, ne font qu’enfoncer leur enfant sans le savoir. La privant de la moindre miette de joie…

Il n’y a pas que du mauvais dans cette histoire. Martine fait la connaissance d’une jeune fille qui la soutient, la défend, et on aimerait tant qu’il y ait plus souvent des Judy pour dire aux andouilles malfaisantes : je vous emmerde ! Malheureusement… La silence est d’or quand la souffrance des autres nous gênent.

Un autre point qui m’a beaucoup émue : l’échelle de la souffrance entre les adultes et les adolescents. On ne prendra en compte la douleur de Martine qu’après trois paires de baffes et beaucoup de frayeurs… Et en attendant, les adultes ne trouvent rien de mieux à faire que de descendre une jeune fille pas méchante pour un sou qui fait de son mieux pour s’en sortir. Qu’on ne me dise pas que c’est exagéré ! Pour l’avoir vécu, c’est la vérité.

Martine ramène une mauvaise note ; c’est une feignante. La mère de Martine abandonne son travail pour se remettre de son deuil, terrassée par le chagrin ; c’est normal, la pauvre !

Pourquoi ne pas mettre à plat les souffrances de tous, au même niveau ? Pourquoi les adolescents n’ont-ils pas le droit à l’erreur sans être immédiatement accablés des pires maux de la terre (je parle d’erreur telle que « faire la gueule », « ramener une mauvaise note », et non « prendre plaisir à faire du mal à autrui », par exemple). Pourquoi les adultes, à travers Martine, ne voient-ils pas seulement un être humain avec ses problèmes et ses émotions ? C’est un malaise réel, que j’ai connu, et que j’ai retrouvé avec amertume dans les lignes de « La douleur du silence ». Cela arrive tellement (trop) souvent. En cachant à tout le monde sa souffrance pour ne pas les inquiéter, Martine en perd à leurs yeux le statut d’être humain. Elle devient une machine qui devrait toujours répondre d’une manière précise, avoir un style d’amis spécifique, avoir des bonnes notes, se comporter parfaitement, ne jamais laisser entrevoir la moindre envie de s’évader… Une poupée façonnée à l’image des adultes et leurs désirs. Cachés sous bon fond de « c’est pour son bien », ils en finissent par oublier qu’ils ne peuvent faire le bien de leur fille sans s’intéresser un minimum à ce qu’elle ressent, et non pas uniquement à ce qu’elle laisse voir.

J’en ai eu les larmes aux yeux à certains passages. Je sais que je traite davantage du sujet que du livre en lui-même, mais c’est une bonne chose. C’est qu’il a trouvé écho en moi, il m’a intéressée, éveillée, ravivée une réalité passée ! L’impuissance des parents déconnectés des souffrances adolescentes depuis si longtemps… Je n’ai pu rester insensible. Comment le pourrait-on?

Certains, à la lecture, se demanderont peut-être pourquoi Martine ne réagit pas. Pourquoi elle ne traite pas ses harceleurs de connards démoniaques en leur hurlant de fermer leurs bouches de crapaud. Moi-même parfois j’avais envie de la secouer… Et puis, je me suis souvenue. Je suis une adulte. Et pourtant, je me rappelle encore parfaitement avoir été cette jeune fille. Incertaine, dépourvue d’estime, effacée. Une jeune fille qui espère plutôt être oubliée que respectée. Qui n’ose s’exprimer que rarement car elle pense ne pas mériter ce droit.

Alors voilà, vous l’avez vu, j’ai été très touchée par ce livre. On y retrouve plusieurs thèmes importants : l’automutilation, le harcèlement scolaire, la relation entre les parents et les adolescents, le deuil, l’amitié, l’amour, le courage…

J’ai été chamboulée, intéressée, passionnée ! Comment ne pas s’émouvoir d’une telle leçon de vie?

Ce livre mérite sa place sur les bancs de l’école, pour ouvrir les yeux, ne serait-ce qu’à moitié, aux jeunes sur les dangers de tels comportements puérils et mauvais. On ne peut pas changer le monde, on ne peut pas changer les gens… Mais on peut leur insuffler le déclic, même insidieux, qui éveillera leur conscience.

J’espère ne pas vous avoir trop ennuyé avec tout ce blabla ! Ce livre se résume à deux mots très simples : LISEZ-LE ! Même en tant qu’adulte, suivre le quotidien de cette collégienne est instructif et émouvant. Il n’y a pas d’âge pour se rappeler que nous sommes tous responsables de nos réactions, nos mots envers les autres. Il est toujours tant de s’infliger une piqûre de rappel pour se souvenir à quel point, même un adolescent sans considérations d’adultes peut être victime de souffrances désastreuses. A méditer, donc !

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? 

Vous pouvez vous procurer l’ebook de « La douleur du silence » en cliquant ici.

©Manon Grelha

6 réflexions au sujet de « « La douleur du silence » de Marie-Béatrice Ledent : une triste leçon de vie, à mettre entre toutes les mains ! »

  1. « Elle devient une machine qui devrait toujours répondre d’une manière précise, avoir un style d’amis spécifique, avoir des bonnes notes, se comporter parfaitement, ne jamais laisser entrevoir la moindre envie de s’évader… Une poupée façonnée à l’image des adultes et leurs désirs. » Comme ces mots me parlent.. Ils m’ont convaincue, à eux seuls. Je partage ton avis sur le harcèlement scolaire, ce fossé qui se creuse entre le jeune et les adultes, mais aussi avec les autres élèves qui ne comprennent pas la douleur qu’ils causent. C’est une belle découverte et je t’en remercie.

    (Tu lis extrêmement vite dis moi !! A ce rythme là je vais laisser un commentaire ici chaque jour aha)

    Aimé par 1 personne

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