Être écrivain·Non classé

L’angoisse de la page blanche

Blank notepad and pencil

C’est la malédiction de l’écrivain. Un jour ou l’autre, nous y passons tous. On se retrouve là devant notre ordinateur ou notre feuille blanche, et s’installe en nous un vide abyssal et inquiétant. Nous n’avons plus rien à écrire. Les mots nous manquent. Quoi écrire ? Comment l’écrire ? Par où commencer ?

Je n’ai pas échappé à la règle. La période où j’ai été le plus productive, c’est lorsque j’étais adolescente. En l’espace de cinq ans, j’ai écrit plus de six romans. J’avais des idées pleins la tête et les mots suivaient, j’arrivais à peine à m’arrêter d’écrire pour me consacrer à des actions essentielles telles que manger ou dormir. Et puis, un jour, plus rien.

Pendant plusieurs mois, j’avais l’impression d’avoir perdu ma muse. J’étais vide de tout. Normalement, lorsque je me sentais triste, les mots m’aidaient à m’exprimer, me défouler, me libérer de cette colère d’adolescente qui me suivait chaque jour. Mais, cette fois-ci, ce n’était pas pareil. C’était le vide complet, sans fond. La page blanche.

Bien sûr, je savais pourquoi. La douleur, la souffrance, avaient atteint un point tel qu’au lieu de m’inspirer, elles me consumaient petit à petit et me volaient tout ce qu’il y avait de bon en moi. J’ai retrouvé dans mon vieux disque dur un texte datant de cette époque :

« J’ai dix-huit ans. J’ai dix-huit ans et je n’arrive plus à écrire. J’ai toujours aimé écrire. J’ai toujours aimé me plonger dans les mots et me vider dans l’écriture. Maintenant, je suis sans arrêt face à une page blanche, et je finis par devenir cette page blanche. Je suis réduite à cela : une vulgaire page blanche, vide, sur laquelle personne ne veut écrire de belle histoire. Je suis une page blanche.« 

C’est à cet instant-là qu’on se dit : « Qu’est-ce qu’elle était déprimante, celle-là ! ». Cette époque ne me manque pas beaucoup non plus, je vous l’avoue !

Je me rappelle cependant avoir trouvé ma consolation dans un livre qui avait fait tilt : La fille de papier, de Guillaume Musso.

Il y raconte l’histoire d’un écrivain en panne d’inspiration, qui voit soudainement débarquer dans sa vie l’héroïne de son roman, en chaire et en os. Si on met de côté le fait que survient rapidement une histoire d’amour dont je me suis émue, je n’ai pas pu passer à côté de la détresse de cet écrivain. Guillaume Musso arrive à poser les mots, avec une justesse étonnante, sur ce que l’on ressent quand l’inspiration nous abandonne lâchement. J’avais l’impression de me lire, de me voir à travers les pages de ce roman. Je voulais prendre la main de Tom, et manquer d’inspiration à ses côtés. J’étais rassurée de lire ce que je ressentais chaque jour. Cela voulait dire que je n’étais pas seule.

Je m’étais fendue d’un message interminable à Guillaume Musso via son site internet, dans lequel je le remerciais pour ce livre sublime qui avait réveillé mon envie d’écrire, qui avait fait renaître en moi l’inspiration et la passion des mots. Je n’ai jamais eu de réponse, j’étais déçue, mais je m’y attendais. Je n’étais pas la seule.

Depuis, je suis devenue une adulte, j’ai trouvé un travail, je me suis laissée happer par les obligations dont je disais à mes parents qu’elles ne m’atteindraient jamais (sale gosse que j’étais !). Forcément, mon inspiration n’a pu qu’en prendre un coup. J’ai mis trois ans à accoucher de mon premier roman abouti, premièrement titré « Boule de Neige », que je vais prochainement auto-éditer. Non pas parce qu’il fait six-cent pages, ni qu’il m’a demandé des années de documentation. Seulement, j’ai laissé la vraie vie me rattraper, je n’étais plus une adolescente, et j’ai dû appréhender ce passage efficacement. Depuis quelques mois, après trois ans de vie adulte (la mienne a commencé à vingt-ans), j’ai enfin retrouvé un rythme qui me permet de vivre de ma passion, tout en étant une femme active et efficace. Le temps a fait son office !

Je serai sûrement de nouveau confrontée à cette malédiction de la page blanche. Pas par manque de temps, ou par fatigue, seulement parce que rien ne voudra venir. J’y suis préparée. Maintenant, je l’accepte. Cela fait partie de la beauté de la chose ! Parfois, se demander où s’est enfuie notre inspiration, puis se rendre compte qu’elle a toujours été là ! Qu’elle ne nous quittera jamais… Qu’elle s’endort juste, quelquefois, pour revenir  plus vaillante à nos côtés.

Quelques conseils si cela vous arrive :

  1. Ne cherchez pas à être parfait. Vous vous êtes mis en tête d’écrire du premier coup un chef-d’oeuvre parfait, qui fera l’unanimité ; arrêtez ! Se mettre la pression n’avance à rien et peut même vous faire perdre vos moyens et votre inspiration. Détendez-vous, écrivez comme vous en avez envie, ne vous laissez pas emprisonner par des règles ou des exigences insurmontables. Vous aurez tout le temps plus tard de revenir sur vos écrits, de les corriger, de les améliorer si vous le souhaitez.
  2. Sortez ! Laissez vos écrits se reposer chez vous, et sortez. Voir vos amis, aller au cinéma,  boire un verre… Ce qui m’aide le plus, c’est la nature. Regarder la mer, marcher en forêt, ou simplement observer le soleil qui se couche… Comment ne pas avoir envie d’attraper une feuille et un stylo et d’écrire devant un si beau spectacle ?
  3. Laissez-vous le temps. Si ça ne vient pas, ça ne vient pas. Laissez-vous le temps. J’ai déjà mis plus d’un an à retrouver l’inspiration… Je ne suis peut-être pas un exemple, car je n’en fais encore pas mon métier (un jour, je l’espère). Mais cessez d’y penser quelques heures, quelques jours, quelques semaines… Cela ne pourra vous faire que le plus grand bien. Vous ronger les sangs devant votre page blanche ne fera pas avancer le schmilblick malheureusement !
  4. Lisez beaucoup. Non pas pour copier ce que vous lisez. Mais lire a toujours été une source d’inspiration importante pour moi. Voir des personnages évoluer, une histoire se dérouler… Cela me donne chaque fois envie de poser le livre et d’aller en faire de même pour mon propre roman. Et puis, plus on lit, plus on s’améliore en orthographe, on enrichit notre vocabulaire, on découvre de nouvelles tournures de phrases… Cela ne peut que vous inspirer, non ?  😉
  5. Faites-vous confiance ! Pas de « Je suis nul », « je n’arriverai à rien », « en fait, je n’ai aucun talent », et autres bêtises ! Ne niez pas, je suis une humaine, et je comprends parfaitement ce qu’on ressent dans ces moments-là. Mais une chose à savoir : ce n’est pas votre faute. C’est comme ça, ça arrive. Cela ne remet pas en cause le talent de vos textes passés et à venir. Faites-vous confiance, vous en êtes capable !

C’est tout pour moi !

Racontez-moi tout, vous aussi ça vous est déjà arrivé ? Devant un roman, un devoir, un dossier à rendre?  😉

©Manon Grelha

Crédit photo : Ailurophilist

Une réflexion au sujet de « L’angoisse de la page blanche »

  1. Bon, du coup je réécris mes commentaires parce qu’un commentaire est quand même fait pour pouvoir être le par le reste du monde (comme ça le reste du monde pourra se faire un avis sur ma personne, ce qui est quand même hautement essentiel).

    Je te disais donc (mais du coup t’es pas obligée de relire parce que je vais redire la même chose xD) que je n’avais plus trop la page blanche ces dernières années étant donné que je prends le temps dont j’ai besoin entre deux séances d’écriture et que donc j’écris quand je suis prête à écrire. Je ne me force pas ni ne me fixe des objectif en terme d’heures ou de nombre de mots par jour, je trouve ça extrêmement contre productif et, comme je le disais sur le forum Jeunes Ecrivains : l’important n’est pas la quantité mais la qualité ! (c’est une évidence, ça va sans dire mais ça va mieux en le disant ;P).

    Aimé par 1 personne

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